Histoire d’Entremont

Histoire d’Entremont

Découvrir Entremont c’est plonger dans les témoignages des siècles passés et faire renaître l’histoire d’une frontière naturelle en Faucigny et Genevois, avec des moines défricheurs, des trésors et une fondation d’abbaye. C’est aussi l’histoire de zone franche et de contrebandiers, et de la résistance à l’oppresseur sur fond de forêts giboyeuses, de champs de blé et de combes de neige…

Un village au fil du temps

Quelques repères dans l’histoire d’Entremont :

120 av. J.C. : Défaite du peuple Allobroges face aux Romains. Le village a pour nom INTRA-MONTIS. Plus tard il sera inclus dans le Comté de Genève jusqu’au 14ème siècle.

1115 : Construction du prieuré des chanoines de St Augustin

1154 : Le prieuré devient abbaye

1225 : L’abbaye est érigée en seigneurie et étendra son contrôle sur sept églises.

1416 : La Savoie devient un Duché

1433 : Naissance de Guillaume Fichet dont le père pourrait être intendant de l’abbaye

1771 : Edits d’affranchissement des fiefs. La paroisse de Petit-Bornand s’affranchit de l’abbaye pour 12000 livres.

1777 : L’abbaye est officiellement supprimée.

1793 : Entremont appartient au canton de Grand-Bornand et participe à la révolte de Thônes contre l’occupation française et la chasse aux prêtres réfractaires.

1860 : Rattachement de la Savoie à la France. Entremont devient commune frontalière avec un pont à la sortie des Etroits : le pont de la Douane.

1914-18 : 41 morts pour Entremont

1924 : Départ du dernier douanier à la sortie du village.

1944 : Mort de Tom Morel, chef du maquis des Glières, le 10 mars.

1997 : Entremont renoue avec son histoire en adhérant à la communauté des vallées de Thônes.

Les moines défricheurs

Abbaye par la grâce de l’évèque Ardutius !

Notre vallée d’Entremont prend toute sa dimension spirituelle et humaine avec l’arrivée sur ses terres vers 1115 de deux moines défricheurs envoyés par l’abbaye d’Abondance

En montant vers le chemin des Auges pour y défricher les premiers pans de montagnes qui se transformeront ensuite en champs de blé et de chanvre, les premiers chanoines d’Entremont pouvaient voir le versant de la rive droite du Borne avec, de gauche à droite, le Rocher de Salin, le Pic du Jallouvre (en arrière plan), l’Aiguille Verte, le Roc des Tours et le Roc de Charmieux aisément reconnaissable avec ses deux monts jumeaux.

En 1154, les chanoines fondent l’abbaye d’Entremont après avoir obtenu le consentement d’Ardutius Evèque de Genève et frère du Prince Aymon Seigneur de Foucigni qui fonda la Chartreuse du Reposoir trois ans plus tôt.

Musée du Prieuré – Entremont

En 1225, le Comte de Genevois Guillaume II érige l’Abbaye d’Entremont en Seigneurie. L’abbé possède donc à cette époque le titre de Seigneur d’Entremont

Au Moyen-âge Entremont brille par ses richesses…
La vie des religieux d’Entremont et leur exemple provoquaient l’admiration de la noblesse et attiraient ses largesses.

Richement doté par le Comte de Genevois, ses successeurs et divers seigneurs des environs, le monastère posséda bientôt, outre les bois, les eaux et les montagnes de la vallée (La Forclaz, Mayse, Lessy et les Auges), des terres à Cenise, au dessus du Petit-Bornand, à la Roche-sur-Foron, au Grand-Bornand, à Pers, Amancy, Groisy, Saint-Laurent, Thônes… des moulins à Cran près d’Annecy, des vignobles sur la côte d’Arve en Faucigny, à Saint-Sigismond et à l’Hôpital-sous-Conflans qui prendra plus tard le nom d’Albertville.

…et son rayonnement culturel
Pendant près d’un siècle, où se succédèrent sept abbés, le monastère d’Entremont exerça une influence spirituelle et matérielle considérable.

Labeur et hospitalité des chanoines d’Entremont
Par des défrichements renouvelés, les chanoines multipliaient les champs et les pâturages au milieu de forêts séculaires.

Au XIIIème siècle, comme dans la plupart des villages, l’assistance aux malades, aux pauvres et aux indigents est organisée par les religieux.

Splendeur et fin de l’Abbaye

Saint-François de Sales

Le 17ème siècle est marqué à l’abbaye d’Entremont par le passage de Saint-François de Sales qui au cours de l’année 1607 visite la vallée d’Entremont. Le lundi 8 octobre, il est à Entremont. C’est peut-être à cette occasion qu’il bénit l’une des cloches actuelles qui porte le nom de Thomas Pobel, avec la date 1607. Le lendemain, c’est le tour de Grand-Bornand et de Saint-Jean-de-Sixt ; Saint-François bénit aussi la chapelle qui venait d’être élevée au lieu même où naquit le Bienheureux Pierre Favre, premier prêtre de la compagnie de Jésus. Cette chapelle se trouve au Villaret de Saint-Jean-de-Sixt sur la route d’Entremont.

Le procès-verbal de cette visite pastorale fournit des détails intéressants : l’abbé commendataire d’Entremont est Pierre de Roncas- âgé de 11 ans ! – et nommé depuis deux ans. Le prieur claustral est le révérend Pernet-Mermet, du Grand-Bornand ; le sacristain, le révérend Thomé, faisant fonction de curé d’Entremont ; les trois chanoines s’appellent Burnet, Gay et Levet ; il y a trois novices.

L’abbé restaurateur Marc-Antoine de Granery
En 1645, le nouvel abbé commendataire était originaire du Piémont. Don Marc-Antoine de Granery, à la différence de ses prédécesseurs résida à Entremont et se fit remarquer par sa piété, sa régularité, sa charité envers les pauvres et son zèle pour la restauration et l’ornementation de ses églises. Il rétablit l’ordre et l’économie, non sans mal, car il dut soutenir d’interminables procès contre de nombreux particuliers, contre un de ses collecteurs d’impôts et même contre le curé de Pers, les chanoines de Notre-Dame d’Annecy, et les religieuses bernardines de La Roche !

Justicier sévère, il fit publier le 17 mai 1665, au Petit-Bornand et à Entremont, la défense de tirer au « papegai » (oiseau de carton au bout d’une perche), probablement à cause des danses et divertissements qui suivaient les fêtes au tir.

Des 1680, il s’occupa de restaurer le couvent et son église. Les travaux se terminaient en 1682 en ce qui concerne les bâtiments et le magnifique retable fut achevé en 1685 comme en témoigne de nos jours l’inscription située au sommet. Les armoiries de l’armée de Granery sont sculptées partout, à l’intérieur et à l’extérieur des murs et une inscription sur le mur du presbytère, côté Borne, rappelle que l’abbé restaura sur ses propres deniers les bâtiments qui avaient subi les injures du temps. Deux architectes de Biella (Italie) ont surveillé les travaux.

C’est la devise de l’abbé de Granery qui orne encore aujourd’hui le blason d’Entremont :

UT SERES METES Comme tu sèmeras, tu récolteras.

La fin de l’abbaye

Après une longue vacance de quatorze ans, Louis de Montfalcon clôt la liste des abbés d’Entremont. Le roi lui alloue 621 livres pour démolir le vieux clocher de l’abbaye et le rebâtir avec cinq étages. Il faut 200 feuilles de fer blanc pour le couvrir. Coût total : 5 897 livres. L’abbé dresse un inventaire des biens de l’abbaye pour l’envoyer à Turin. C’est la fin… Le prieur claustral étant mort depuis quelques années, il ne reste que cinq chanoines dont l’un est curé d’Entremont. A partir de 1738, les chanoines ont tout bonnement supprimé la récitation de l’office en commun

En 1772, à la suite des édits d’affranchissements donnés par le Duc de Savoie, les communautés d’Entremont et du Petit-Bornand, réunies en conseil général, nommèrent des délégués en vue de profiter des avantages qui leur étaient offerts en se libérant des servitudes féodales. Le montant de l’affranchissement est fixé pour Entremont à 6 500 livre. Le Petit-Bornand donnera 12 000 livres et le Grand-Bornand 1 000 livres. L’affranchissement n’est pas reçu avec l’enthousiasme qu’on pourrait supposer, mais avec méfiance : « ces savoyards, disait le roi Victor, Duc de Savoie et roi de Sicile, le Bon Dieu leur ferait pleuvoir des sequins, qu’ils se plaindraient qu’ils cassent les tuiles ! »

Le révérend Claude Maistre demeura curé d’Entremont jusque dans les temps troublés de la Révolution. Son traitement, moitié en argent, moitité en nature, est pris sur les revenus du monastère. Il reçoit un vicaire. Les autres chanoines sécularisés reçoivent une pension avec le droit de conserver leurs appartements dans l’Abbaye.

En 1777, l’abbaye est officiellement supprimée.

En 1793, Entremont appartient au canton de Grand-Bornand et participe à la révolte de Thônes contre l’occupation française et la chasse aux prêtres réfractaires.

Depuis lors, une partie des bâtiments de l’Abbaye a été démolie. La partie conservée a servi de presbytère et, jusqu’à la fin du XIXè siècle, de mairie et d’école.

Le blason d’Entremont

D’où vient notre blason ?

L’origine de notre blason provient des armes d’un de nos plus illustres habitants, l’abbé Marc Antoine de Granery qui entreprit la restauration de l’église d’Entremont avec la collaboration des moines de l’abbaye en 1668.

Zone franche et contrebande en vallée du Borne

Appel et arguments des députés de la Savoie en faveur du oui, 18 mars et 5 avril 1860..

L’année 2010 marquera les 150 ans du rattachement de la Savoie à la France et de nombreuses festivités sont organisées par les communes de Savoie et de Haute-Savoie pour célébrer cet anniversaire.

L’annexion de la Savoie à la France était la contrepartie du soutien de Napoléon III à l’unité italienne et lors d’un référendum les 21 et 22 avril 1860, les savoyards votèrent à une majorité écrasante pour ce rattachement avec seulement 255 voix « contre » sur 130 839 votants !

Afin que les « Savoyards du Nord » du Chablais et du Faucigny puissent continuer à commercer avec le Genevois et votent « pour » l’Annexion, la zone franche qui existait déjà depuis 1815 (sur un ligne allant de Bellegarde au Pont-de-Beauvoisin) fut élargie.

Profitant de cet élargissement, Entremont devint une commune-frontière de cette « Grande Zone Franche » dans laquelle les échanges avec la Suisse s’effectuaient sans taxe… Le nouveau statut du village permit le développement de nombreux commerces et celui de l’artisanat.

A partir de 1860 et jusqu’à la première guerre mondiale, grâce à sa proximité avec la frontière, le commerce est florissant à Entremont puisque la commune compte six épiceries-quincailleries. Cela fait beaucoup par rapport au nombre d’habitants ! Ces anciennes publicités sont extraites du livret d’accueil du curé d’Entremont édité en 1914 :

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Mais il n’y a pas que les citoyens de la commune qui se ravitaillent dans ces commerces qui vendent des produits détaxés. De nombreux échanges se font avec les communes voisines de Saint-Jean-de-Sixt, du Grand-Bornand, des Villards et de Thônes. Certains exercent en toute légalité, c’est-à-dire en payant la taxe aux douanes françaises, mais d’autres profitent de la situation pour arrondir leurs fins de mois en menant une activité illicite qui comporte d’énormes risques : ils achètent dans la zone détaxée des marchandises provenant de Suisse, d’Italie ou encore d’Angleterre et ils les passent en fraude par des sentiers de montagne pour les revendre hors zone à des prix très attractifs !

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Fouille à la douane – illustration Jérôme Phalippou

Les épiciers des zones franches achetaient à l’étranger des produits détaxés ou encore des produits dont l’état possédait le monopole de la distribution sur l’ensemble du territoire. C’était notamment le cas du tabac et des allumettes. Les produits en provenance de l’étranger étaient donc taxés ou interdits lors du passage de la frontière…

Parmi les clients se comptaient les habitants du village, bien-sûr, mais l’essentiel du chiffre d’affaire se faisait avec les contrebandiers.

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Extrait du spectacle « Sur les Chemins de la Contrebande »

Les contrebandiers dans la catégorie des « colporteurs » utilisaient un sac lourd et volumineux pour transporter leurs marchandises. Ils profitaient de la nuit pour emprunter les sentiers de montagne et franchir la frontière, évitant ainsi les postes de douane et les routes. Après plusieurs heures de marche ils sortaient de la zone franche pour aller vendre leurs marchandises de contrebande. Pour cela ils faisaient du porte à porte.

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Deux contrebandiers avec leurs « balles », gros sacs à dos remplis de produits de contrebande qu’ils passaient en fraude et revendaient hors zone en faisant du porte-à-porte (extrait du spectacle « Sur les Chemins de la Contrebande »

Depuis Entremont, plusieurs passages naturels du relief montagnard permettent de franchir la frontière sans être vu des douaniers.

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Arrestation d’un contrebandier en montagne
(extrait du spectacle « Sur les Chemins de la Contrebande »)

Le seul passage naturel et aménagé pour rejoindre Saint-Jean-de-Sixt et les autres communes du secteur, emprunte les rives du Borne. C’est donc tout naturellement à la sortie des étroits que l’Etat a construit la maison de la douane au Villaret. Depuis ce poste les douaniers peuvent facilement contrôler tous les passages de personnes et de marchandises entre Entremont et les communes voisines situées hors de la zone.

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Ancienne douane du Villaret, au Pont de la Douane.

Lors d’achat de marchandises, vous deviez en faire la déclaration aux douaniers français en quittant la zone et il vous était demandé de verser une taxe pour chaque article.

Pour passer des produits sans en payer les taxes certains inventent des cachettes de toutes sortes pour tromper les douaniers lors des contrôles.

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Pendant que les douaniers fouillent leur panier, ces jeunes filles ont leurs jupons cousus de petits sacs remplis de sucre et de tabac ! (extrait du spectacle « Sur les chemins de la contrebande »)

Cependant que d’autres évitent à tout prix le poste de douane et c’est lourdement chargés qu’ils passent par les sentiers de montagne.

Pour rejoindre Le Grand-Bornand ils franchissent les rochers de la Forclaz et basculent de l’autre côté de la frontière en passant par le col du même nom. Pour Les Villards ou Thônes, les contrebandiers contournaient la chaîne du Mont Lachat et longeaient les Traversiers pour franchir le col de la Buffaz où passait la frontière. Les plus téméraires empruntaient un passage pentu et périlleux par le sommet du Suet et les plus audacieux passaient par un chemin tout proche du bureau de la douane à la sortie des étroits, au risque d’être repérés à chaque instant.

Les douaniers connaissaient ces points qui facilitent le passage dans le relief tourmenté de la montagne. Ils ont donc mis en place un service spécifique pour leur surveillance. Le meilleur moyen d’attraper des contrebandiers consistaient tout simplement à les attendre là où ils devaient forcément passer pour franchir illégalement la frontière. Les douaniers appelaient ce service « l’embuscade ». Ils étaient parfois aidé par leur « chiens de traîne » dont ils attachaient la laisse à leur ceinture. Ces chiens étaient entraînés à alerter silencieusement les douaniers à l’approche de contrebandiers et à tirer efficacement leur maître dans les courses-poursuite !

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Douaniers en embuscade et… endormis ! Mais le chef va les surprendre…
(extrait du spectacle « Sur les Chemins de la Contrebande »)

Pour une raison évidente de discrétion les contrebandiers préféraient la nuit et si possible le mauvais temps pour faire passer leurs marchandises en fraude…

Le plateau des Glières

Terre d’asile et d’espérance

Dès 1938, Entremont accueillit des espagnols émigrés, puis les jeunes français refusant d’aller travailler pour l’occupant en Allemagne. Grâce à la population qui les hébergeait, les ravitaillait et les renseignait, les clandestins purent résister en formant des maquis dans des chalets isolés. Ils organisèrent sur le Plateau des Glières la récupération des parachutages d’armes, avec l’aide d’habitants de la vallée qui les cachaient et les transportaient au péril de leur vie.

Les sentiers de la mémoire

Les combattants des Glières utilisaient un réseau de sentiers cachés qui leur permettait d’assurer clandestinement les liaisons indispensables avec leurs soutiens dans la population locale. C’est également par certains de ces sentiers que l’assaut fut donné depuis la vallée pour décimer les rangs de la Résistance dans un combat inégal. Certains de ces sentiers historiques ont été remis en état, balisés et équipés d’un panneau explicatif historique au point de départ. Pour Entremont : Sentier Jérôme Bozon aux Plains.

La résistance

L’opération Entremont

Pendant l’hiver 1944, les maquis se regroupent aux Glières pour faire face à une offensive des Gardes mobiles de la police de Vichy. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1944, une section dirigée par Tom Morel encercle Entremont pour tenter un échange de prisonniers avec les Gardes Mobiles. Au cours des tractations, Tom Morel est abattu lâchement par le commandant des Gardes Mobiles. L’agent Geo Decour est également tué, leur garde du corps « Frizon » est grièvement blessé. Les corps des victimes seront remontés vers Glières avec l’aide des habitants d’Entremont. L’armée allemande lancera une grosse offensive pour venir à bout du maquis des Glières, après des combats inégaux et meurtrier

Commenceront alors les représailles contre la population locale qui a aidé les maquis : la boulangerie et de nombreuses fermes d’Entremont sont détruites ou incendiées, des habitants déportés… Mais le 1er août 1944, une quarantaine de résistants participeront au grand parachutage des Glières, prélude à la libération de la Haute-Savoie.

Tom Morel

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Culminant à plus de 1400 mètres d’altitude, le plateau des Glières, au cœur du massif des Bornes, était peu connu, presque inaccessible, c’est pourquoi les maquisards l’avaient choisi pour recevoir les armes parachutées par les Alliés et organiser la résistance.

En janvier 1944, c’est sur le plateau des Glières que Théodose Morel, dit Tom Morel, s’installe avec 120 maquisards. Il adopte la devise « Vivre libre ou mourir » et forme son bataillon en vue de livrer les combats de la Libération. Remarquable meneur d’hommes, Tom Morel organise de nombreuses opérations contre les miliciens et les Groupements Mobiles de Réserve de la police de Vichy (GMR), face auxquels il s’illustre par son courage et son abnégation.

Le 9 mars 1944, Tom Morel décide de lancer un assaut de grande envergure contre l’Etat-major du GMR-Aquitaine, à Entremont. Le commandement du GMR n’avait pas respecté son engagement à l’égard de la Résistance en ne libérant pas un maquisard détenu, alors que trente des leurs avaient été relâchés. Dans la nuit, plus d’une centaine de maquisards participent alors à l’opération et l’un des groupes, dirigé par Tom Morel, parvient à pénétrer dans l’Hôtel de France, siège de l’Etat-major des GMR.

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<- Ancien Hôtel de France ->

Les maquisards désarment leurs prisonniers, mais le commandant Lefèbvre, chef des GMR, parvient à brandir un pistolet qu’il avait dissimulé. Il tire alors à bout portant sur Tom Morel qui s’effondre, mort sur le coup d’une balle tirée en plein cœur. Il avait 29 ans.

Le corps du lieutenant Théodose Morel est alors porté par ses hommes sur le plateau des Glières où il est enterré lors d’une cérémonie religieuse. Le 2 mai 1944, la dépouille est redescendue dans la vallée ou elle repose désormais au cimetière militaire de Morette, près du lieu que Tom Morel appelait lui même « le premier coin de France qui ait recouvré la liberté ».

En lui décernant à titre posthume la Croix de la Libération, le 5 novembre 1944, le Général De Gaulle dira de Tom Morel qu’il « restera dans l’épopée de la Résistance une incarnation du patriotisme français et l’un des plus prestigieux martyrs de la Savoie ».

Dans l’histoire de la Résistance, Tom Morel reste comme le symbole et le représentant des près de 130 Maquisards tués lors du combat des Glières.

Le 5 novembre 1944, Tom Morel est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume par le général De Gaulle.

L’ordre de la Libération a été créé dans le but de récompenser les personnes ou les collectivités militaires ou civiles qui se sont illustrées lors de la Libération de la France lors de la Seconde Guerre mondiale. Deuxième ordre national français après celui de la Légion d’honneur, l’ordre de la Libération ne fut discerné qu’à un nombre très restreint de personnes pour les récompenser de leurs faits dont l’héroïsme et l’exemplarité ont contribué à la libération de notre pays.

En le nommant Compagnon de la Libération, le général De Gaulle dira de Tom Morel:

« Déjà fait chevalier de la Légion d’honneur à vingt-quatre ans pour avoir capturé une compagnie italienne sur le front des Alpes en juin 1940. Instructeur à Saint-Cyr en novembre 1942, a aiguillé ses élèves vers la Résistance, s’est lancé lui-même corps et âme dans la lutte contre l’envahisseur, agissant tour à tour comme camoufleur de matériel, agent de renseignements, propagandiste. Démasqué par l’ennemi, s’est jeté avec une immense foi dans le maquis savoyard. Sans armes, a attaqué en combat singulier un officier allemand qu’il a réduit à l’impuissance. Devenu chef du bataillon des Glières, a été l’âme de la Résistance du Plateau, son chef et son organisateur. Le 9 mars 1944, après avoir enlevé d’assaut le village d’Entremont, a été assassiné lâchement au cours d’une entrevue qu’il avait demandée à ses vaincus pour épargner une effusion inutile de sang français. Restera dans l’épopée de la Résistance une incarnation du patriotisme français et l’un des plus prestigieux martyrs de la Savoie. »

Le souvenir de la nuit tragique du 9 au 10 mars 1944 au cours de laquelle Tom Morel fut assassiné est commémoré chaque année à Entremont.

En mémoire de Tom Morel, le groupe scolaire d’Entremont porte son nom.

Maurice Anjot

Après la mort de Tom Morel, le 10 mars 1944, c’est le capitaine Anjot qui demande à lui succéder sur le plateau des Glières alors qu’il sait que celui-ci va être attaqué en force par les Allemands. À ce propos, Romans-Petit déclarera : Parmi tous les sacrifices qui ont été faits au moment de Glières, c’est Anjot qui a fait le plus beau. Il savait que tout était perdu. Il l’a dit. Il me l’a dit : « Mon devoir me commande de prendre [ce poste]. Je sais que j’engage une bataille perdue, mais il y a l’honneur, il y a le pays, il y a la France. » Anjot dit à ses proches collaborateurs : J’ai décidé de monter au plateau. Je sais que je n’en reviendrai pas. Je vous dis adieu. […] Ma vie importe peu si je peux sauver celle des autres.

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Pour l’honneur de Résistance, le capitaine Anjot, officier expérimenté, réfléchi et impassible, se battra bien que sachant ce combat désespéré (Sa grande idée est de sauvegarder l’honneur en épargnant le plus possible la vie des hommes, Pierre Golliet). Prenant le commandement du Maquis des Glières le 18 mars 1944, il réorganise les effectifs disponibles en renforçant le secteur qu’il estime le plus vulnérable et où va effectivement se produire l’attaque allemande principale. Il forme notamment une quatrième compagnie au sud-est avec deux nouvelles sections en première ligne sur l’alpage de Monthiévret, le point le plus accessible du dispositif de défense dont il assure la profondeur avec deux autres sections d’Espagnols expérimentés en seconde ligne. En outre, sachant que le maquis ne pourra pas tenir face à des forces nettement supérieures, il prévoit de baliser d’éventuels itinéraires de repli. Le 23 mars 1944, il rejette comme inacceptable, inutile et dangereuse pour le moral une ultime entrevue avec les chefs de la Milice française avant l’attaque allemande.

Le 26 mars 1944, après le pilonnage d’artillerie et le bombardement aérien, il inspecte les positions de combat et encourage les hommes. Lors de son retour, il se trouve dans l’axe de tir de deux avions allemands ; cependant, il poursuit imperturbablement sa marche cadencée sans se soucier du danger (dixit Alphonse Métral, le secrétaire du bataillon). Le soir, apprenant que les Allemands ont ouvert une brèche, mais ignorant qu’ils sont redescendus, le capitaine Anjot, qui estime l’honneur sauf, ordonne l’exfiltration du bataillon des Glières à vingt-deux heures. Comme il a donné l’ordre de décrocher avant l’attaque générale déclenchée le jour suivant, les Allemands, de l’aveu du Kommandeur der Sipo-SD de Lyon, n’obtiennent pas « le résultat espéré au point de vue du nombre de tués et de prisonniers ».

Après une marche harassante dans la neige profonde, le 27 mars 1944, dans l’après-midi, il tombe, avec cinq maquisards, dans une embuscade tendue par les Allemands près du village de Nâves-Parmelan. Enseveli sur place le 1er avril 1944, son corps est inhumé le 4 avril au cimetière du village, puis transféré le 18 octobre à la nécropole de Morette où il occupe la tombe n° 67 à côté de celle de Tom Morel.